Appel culture

VERS LA 6ème REPUBLIQUE POUR DES ARTS INSOUMIS ET LA CULTURE EN PARTAGE - JLM2017

Jusqu'à la fin des années 80, la culture a été l'un des piliers de la politique nationale. On a pu contester les orientations du Ministère de la culture, mais il faisait au moins exister dans notre pays la réalité politique de ce qu'on considère trop souvent comme un domaine non prioritaire, voire un luxe.

Ce ministère a progressivement perdu sa force et sa substance, accolé du terme creux et ambigu de «communication», il a subi la dégradation générale de tous les services publics et perdu son poids budgétaire et politique. Ce phénomène est directement relié à la place que nous sommes capables d'accorder à la culture. Il est devenu presque impossible de faire entendre que le sujet est aussi vital que le combat écologique et les luttes sociales. Oui, il est vital de résister à l'offensive néolibérale qui n’a d’a d’autre ambition que de marchandiser l’humain, de substituer le consommateur au citoyen.

Depuis la Libération, du mouvement de l'éducation populaire à la mise en place du financement public de structures culturelles et artistiques en passant par le régime de l'intermittence, la France a su construire des outils précieux, qui constituent notre service public de l'art et de la culture. Ces outils perfectibles constituent une base de travail et un socle de combat. En rendant sa place au symbolique, ils résistent à l'injonction universelle de rentabilité. Nos services publics, inventés pour faire vivre métiers et activités indispensables à tous, sont menacés de destruction. On mesure mal l'importance de ce système de solidarité lorsqu'il touche des éléments «culturels». On perçoit mal le caractère essentiel de ces «nappes phréatiques» qui développent sensibilité et pensée.

Il s'agit d'un sujet majeur. Comme l'écrit la philosophe Marie-José Mondzain, la culture n'est pas un élément parmi d'autres de la vie d'une collectivité humaine, c'est «la condition même d'une vie politique». Une vie politique, c’est-à-dire une vie des idées. Une mise en débats publics de différents points de vue, réflexions, aspirations, sur les modalités du vivre ensemble. Dans tous les domaines, l'évaluation quantitative prend aujourd'hui le pas sur l'écoute et le dialogue. Réaffirmons l'importance fondamentale des outils qui servent la sensibilité, l'intelligence, l'esprit critique, et qui résistent au profit.

Chacun·e doit pouvoir manifester son existence, sa créativité, ses sentiments et sa pensée, accéder aux œuvres de toute l’Humanité, participer à leur transmission. Chacun-e a droit à cette source d’émotions, à ces espaces d’invention, qui s’enrichissent à être partagés.

Nous voulons recréer une société de citoyen·ne·s, de femmes et d’hommes qui co-construisent un parcours émancipateur. L’éducation artistique doit être une priorité de la maternelle à l’université. L’Histoire a fait de la France, pays qui a inventé l’action publique culturelle, une terre d’accueil aux diversités d’expression et d’expérimentations. Cette histoire que deux quinquennats ont mis en panne, nous voulons en relancer la trame, pour mieux faire humanité ensemble. Ce projet ne verra le jour qu’avec une 6ème république. Le « droit à la culture » ne doit pas être un simple slogan c’est l’affaire de toutes et de tous, c’est pourquoi nous, artistes, auteur-e-s, actrices et acteurs culturel-le-s, citoyen-ne-s amateur-e-s, appelons à marcher de Bastille à République le 18 mars.

Premiers signataires :
Nicolas ROMEAS
Danièle ATALA
Roger TROPEANO
Didier NGUYEN
Patricia GLON
Charles PLANTADE
Louis PRESSET
Manuel RIQUIER
Gilles KUJAWSKI
Jean-Baptiste NAUDU
Jean-Christophe SELLIN
Pierre-Arnaud JONARD
Thierry GROSJEAN-BERTIN

41 signatures

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